« La sorcellerie en France aujourd’hui » de Dominique Camus : une plongée dans les croyances et pratiques contemporaines

Il y a des livres qui marquent et laissent une empreinte durable. La sorcellerie en France aujourd’hui, de Dominique Camus, en fait partie. Même longtemps après sa lecture, ce livre continue de résonner, tant par la richesse de ses enquêtes que par l’authenticité des témoignages qu’il rassemble. Dans cet article, je vous propose de (re)découvrir cet ouvrage fascinant, en commençant par son auteur.

    Dominique Camus est un ethnologue et sociologue français, spécialiste des croyances populaires, de la magie, de la sorcellerie et des pratiques dites « de l’invisible » dans la société contemporaine. Ancien enseignant et chercheur, il s’est consacré à l’étude des pratiques traditionnelles dans l’Ouest de la France, notamment en Bretagne, mais ses enquêtes s’étendent à l’ensemble du territoire.

    Son approche est rigoureuse, mais toujours humaine : Camus ne juge pas, il observe, il écoute, il retranscrit. Il ne cherche pas à démontrer l’existence ou non de forces occultes, mais à comprendre pourquoi des milliers de personnes, aujourd’hui encore, se tournent vers des guérisseurs, des rebouteux, des magnétiseurs ou des « désenvoûteurs ».

    Dans La sorcellerie en France aujourd’hui, Dominique Camus nous offre un véritable état des lieux de la sorcellerie contemporaine. Loin des clichés médiévaux ou des fantasmes ésotériques, il donne la parole à ceux qui vivent avec la sorcellerie : praticiens, « victimes » de sorts supposés, mais aussi simples témoins de phénomènes étranges.

    L’ouvrage s’appuie sur de nombreuses années de terrain : Camus a recueilli des récits parfois bouleversants, souvent déroutants, toujours empreints de sincérité. Il nous montre que la sorcellerie n’a pas disparu ; elle a simplement changé de forme. Aujourd’hui encore, dans les campagnes comme dans les villes, des personnes consultent pour être « nettoyées », « protégées », ou pour « couper le feu ».

      L’un des aspects les plus troublants du livre réside dans les témoignages de professionnels du monde réel – médecins, gendarmes, vétérinaires – qui se sont retrouvés, bien malgré eux, confrontés à des situations inexplicables.

      • Un vétérinaire intervient auprès d’un cheval devenu soudainement incontrôlable. Aucun traitement ne fonctionne. Après une séance de désenvoûtement, l’animal retrouve son calme comme par miracle. Le vétérinaire, rationnel et formé scientifiquement, avoue ne pas comprendre ce qu’il a vu.
      • Des gendarmes sont appelés à plusieurs reprises dans une maison où se produisent des phénomènes étranges : bruits inexpliqués, objets qui volent, ampoules qui explosent. Ils assistent eux-mêmes à certains événements sans trouver d’explication logique. L’un d’eux aurait dit : « Si je ne l’avais pas vu de mes yeux, je n’y croirais pas. »
      • Une femme souffrant de douleurs chroniques que la médecine ne parvient pas à soulager retrouve la santé après avoir consulté un « désenvoûteur ». Son propre médecin, sceptique mais à court d’options, reconnaît ne pas pouvoir expliquer cette guérison.

      Ces exemples, parmi d’autres, ne cherchent pas à « prouver » la réalité de la sorcellerie, mais ils montrent qu’elle traverse les frontières du rationnel, jusque dans les cabinets de professionnels pourtant peu enclins à croire à l’invisible.

        Le travail de Camus ne se limite pas à un simple recueil de témoignages. Il analyse ce que ces pratiques révèlent de notre société. Pourquoi, dans un monde ultra-connecté, rationnel, scientifique, des milliers de personnes continuent-elles de croire aux malédictions ou au mauvais œil ? La réponse, Dominique Camus la trouve dans les failles de notre système médical, dans l’isolement de certains individus, dans le besoin d’espoir, d’écoute, et parfois dans la transmission familiale de certaines croyances.

        Ce qui rend La sorcellerie en France aujourd’hui si accessible, c’est le ton de Dominique Camus : clair, précis, jamais condescendant. Il prend au sérieux ce que beaucoup préfèrent ignorer ou ridiculiser. En cela, il ouvre un espace de réflexion bienvenu sur le rôle des croyances dans nos vies, sur la frontière floue entre soin et spiritualité, entre science et tradition.